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Génial #133 – Aménager pour le confort des enfants

L’influence sous-estimée du rayonnement du sol

Imaginez un après-midi d’été. Le soleil tape fort, et le trottoir ou le revêtement de l’aire de jeux sont brûlants. On pense souvent à protéger les enfants du soleil direct avec de la crème ou des chapeaux. Mais il y a un autre danger invisible : la chaleur rayonnant du sol.

Les risque d’exposition à la chaleur sont étudiés depuis longtemps dans les milieux de travail industriels et extérieurs. Une personne peut en effet subir un stress thermique lorsque son environnement ne permet pas à son corps d’évacuer la chaleur produite par l’activité physique effectuée. Les principaux facteurs influençant cette habilité sont connus : la température de l’air, l’humidité, le vent, le rayonnement solaire ont une influence importante. La chaleur émise par rayonnement thermique des objets environnants, dont le sol, longtemps négligée, est maintenant étudiée avec plus d’attention en ville due à l’accroissement du phénomène des îlots de chaleur. L’étude du confort thermique des populations vulnérables, notamment les enfants, représente un enjeu d’importance croissante dans la planification urbaine. Des recherches récentes ont quantifié l’effet notable du rayonnement thermique émis par le sol sur le bilan thermique des enfants, révélant une sensibilité accrue comparativement aux adultes.

Les normes actuelles d’évaluation du confort thermique, basées sur des facteurs de vue uniformes, ne reflètent pas les différences anthropométriques des enfants. Il est démontré qu’un enfant intercepte une proportion jusqu’à 20% supérieure de rayonnement thermique ascendant du sol. Cette variation a des conséquences directes sur le confort thermique et le risque de stress thermique des enfants, dont la thermorégulation est en développement.

L’important d’intégrer la spécificité enfant

Lors de la conception de parcs, d’aires de jeux, de trottoirs et d’autres espaces fréquentés par des enfants, la nature des surfaces et leur capacité à émettre du rayonnement thermique doivent être prises en compte avec attention. Des exemples concrets soulignent l’importance de cette problématique. Par exemple, la ville de Toronto a dû installer des « voiles d’ombrage » au-dessus des glissades d’un terrain de jeu, en attendant la croissance des arbres plantés. Cette mesure temporaire visait à prévenir les brûlures causées par la surchauffe des surfaces métalliques exposées au soleil, un problème ayant déjà entraîné des blessures sérieuses par le passé.[1].

Ainsi, pour améliorer le confort et la sécurité des enfants, des solutions peuvent être mises en œuvre dès la conception des espaces :

  • Choix des Matériaux : Les matériaux à faible albédo absorbent une plus grande quantité de rayonnement solaire, entraînant une augmentation de leur température de surface. Si d’autres propriétés thermiques avantageuses ne sont pas présentes, les matériaux ainsi chauffés émettront une quantité de rayonnement thermique accrue. Privilégier des matériaux à albédo plus élevé dans les zones destinées aux enfants peut contribuer à minimiser cet effet.
  • Stratégies d’Ombrage : L’intégration de solutions d’ombrage efficaces (végétation, structures permanentes) acquiert une importance accrue. L’ombre ne se limite pas à protéger du rayonnement solaire direct ; elle réduit également l’échauffement des surfaces au sol, limitant ainsi l’émission de rayonnement thermique ascendant susceptible d’impacter significativement le confort thermique des enfants.
  • Verdissement : Le verdissement des espaces de jeu réduit considérablement la température maximale qu’ils vont atteindre, même en plein soleil. Les propriétés thermiques des végétaux se combinent avantageusement à plusieurs niveaux : leur importante conductivité thermique évacue une grande portion de la chaleur captée du soleil vers le sol profond et leur évapotranspiration a un effet refroidissant sur l’air ambiant.

Vers des approches adaptées à l’enfant

Il y a une nécessité à dépasser les modèles de confort thermique standard, conçus principalement pour les adultes. Développer et intégrer des facteurs de vue et des modèles spécifiques aux différentes tranches d’âge pédiatriques dans les outils de conception et d’évaluation est une étape essentielle. L’application de ces connaissances, dans la conception et l’aménagement urbain, contribuera au bien-être des jeunes citoyens. La recherche continue est aussi indispensable pour affiner les modèles et proposer des solutions d’aménagement véritablement adaptées aux besoins des tout-petits. C’est un détail qui fait une grande différence pour leur bien-être !


[1] https://www.cbc.ca/news/canada/toronto/corktown-common-slide-problems-1.4684456

Cette chronique a paru dans l’édition #133 – été 2025 de Génial, la revue de l’association des ingénieurs municipaux du Québec. Disponible ici.

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