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Lettre ouverte

Le Devoir – On ne peut pas reconstruire le Québec deux fois

Inondation

Investir dans la résilience, c’est économiser des milliards. S’abstenir, c’est les dilapider.

Le déficit de maintien d’actifs municipaux atteint aujourd’hui 49,7 milliards de dollars. Il pourrait doubler d’ici 2036. Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ce sont des routes qui s’affaissent, des aqueducs qui fuient et qui inondent des sous-sols. Les conséquences sont bien réelles.

Pendant que nous cherchons collectivement à réduire les coûts de construction, nous risquons d’oublier une vérité fondamentale : une infrastructure mal adaptée aux changements climatiques coûte plus cher à construire et à reconstruire, encore et encore.

La somme de 2300 $ par an : c’est ce que pourrait coûter l’inaction climatique à chaque ménage québécois d’ici 2050. Ce sont des familles appauvries, des contribuables fragilisés, une capacité économique collective qui s’érode.

Les inondations plus intenses et fréquentes coûtent maintenant des centaines de millions de dollars en indemnisations publiques. Une propriété en zone inondable peut perdre jusqu’à 60 % de sa valeur. D’ici la fin du siècle, au Canada, ce coût pourrait atteindre 13,6 milliards. Les dommages aux routes : 5,4 milliards par an. Le réseau électrique : entre 1,8 et 2,4 milliards de coûts supplémentaires annuels. Ce n’est pas de l’écologie militante. C’est de la comptabilité rigoureuse.

Mais voici la bonne nouvelle : chaque dollar investi dans l’adaptation rapporte entre 13 $ et 15 $, selon l’Institut climatique du Canada. C’est le meilleur rendement que l’on puisse trouver dans les finances publiques. Investir dans la résilience, c’est économiser des milliards. S’abstenir, c’est les dilapider.

Nos universités développent déjà des solutions concrètes : matériaux résilients, modélisation des risques climatiques, systèmes d’eau intelligents, économie circulaire appliquée aux infrastructures. Ce savoir existe, ici, au Québec. Il attend d’être pleinement mobilisé au service de l’intérêt public.

Le ministre Samuel Poulin souhaite lancer une réflexion nationale, de véritables états généraux réunissant élus, industrie, société civile et spécialistes universitaires. Nous saluons ce geste. Mais aujourd’hui, nous avons une demande précise : faites des chercheurs de véritables architectes de cette démarche dès la conception, pas seulement en consultation ponctuelle.

L’adaptation aux changements climatiques doit devenir un critère obligatoire dans tous les projets municipaux d’infrastructures. Pas une case à cocher. Un critère de fond, pondéré, qui récompense l’innovation et la durabilité. Nous proposons également des concours d’innovation dès la phase de conception, couplés à des adjudications axées sur la qualité plutôt que sur le seul prix le plus bas.

Ce n’est pas une dépense supplémentaire. C’est une assurance collective. C’est le choix de payer moins demain en investissant intelligemment aujourd’hui.

Ces états généraux offrent une occasion rare. Saisissons-la pleinement. Intégrons la science à la table des décisions. Inscrivons la résilience dans les normes, dans les contrats, dans la loi. L’adaptation n’est pas un luxe. C’est une stratégie financièrement responsable pour le Québec.

Cette lettre ouverte écrite par Annie Levasseur, directrice scientifique de l’Insitut AdapT et Éric Bosco, directeur exécutif de l’Institut AdapT a été publiée dans Le Devoir le 23 mai 2026. Disponible ici.

Ne subissez plus les changements climatiques.

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